Un incendie s’est déclaré jeudi après-midi à l’usine Smurfit Westrock de Biganos. Le feu a pris dans un stock de cartons, en pleine canicule, mobilisant 170 pompiers et des moyens aériens.

Le ciel se déchire au-dessus de Biganos. Il est 15h50 ce jeudi quand le premier panache noir s’élève au-dessus de la papeterie Smurfit Westrock. Sur le rond-point voisin, des automobilistes ralentissent, téléphone levé. Au-dessus de leurs têtes, la fumée grimpe, dense, visible depuis le bassin d’Arcachon, à des kilomètres à la ronde.
Dans l’usine, l’alerte claque. Entre 420 et 450 salariés évacuent en urgence l’un des plus grands sites papetiers d’Europe, 23 hectares posés en lisière de forêt. Le feu, lui, a déjà choisi son terrain : un stock extérieur de balles de carton recyclé, exposé depuis des heures à une chaleur écrasante.
« Il suffit d’un morceau de verre »
Le maire Bruno Lafon, arrivé sur les lieux, livre son diagnostic sans détour : « C’est parti des balles de papier. Malheureusement, ce n’est pas la première fois que ça arrive. » Selon lui, la canicule a fait le reste, couvant un foyer invisible au cœur des ballots. « Un morceau de verre ou autre », glisse-t-il, suffit en temps de saison sèche.
Très vite, la menace change de visage. Les flammes se rapprochent dangereusement de la lisière boisée toute proche. Le risque n’est plus seulement industriel : c’est tout un massif forestier, déjà fragilisé par des semaines de chaleur, qui pourrait s’embraser.

170 pompiers, deux fronts, une nuit de lutte
Le SDIS 33 engage l’artillerie lourde : 170 sapeurs-pompiers, 70 véhicules. Dans le ciel, un hélicoptère bombardier d’eau et l’hélicoptère Dragon 33 multiplient les rotations, épaulés par un Dash de la Sécurité civile, avion habituellement réservé aux feux de forêt.
Benoît Vega, officier de communication du SDIS, résume la stratégie : « L’effort se concentre principalement sur la protection des outils de production ainsi que sur la partie boisée. Les luttes contre les propagations ont été efficaces sur ces deux emprises. »
À la mairie, Bruno Lafon prépare déjà l’après : salle des fêtes ouverte, cuisine centrale opérationnelle, le magasin Auchan mis à disposition en cas d’évacuation des riverains. Elle ne sera finalement pas nécessaire — l’A63, elle, reste ouverte malgré le nuage. Des souvenirs de 2022 qui sont remontés à la surface du Bassin pendant quelques heures, ce qui explique ce lourd dispositif de sécurité mis en place très rapidement.

Près de 1,3 million d’euros de matière première détruits
Au bilan, 12 500 tonnes de papier et de carton ont été réduites en cendres, ainsi que 11 000 m² de stocks d’écorce de bois, selon des estimations. Sur la seule base du cours actuel du carton recyclé — entre 140 et 160 euros la tonne, selon les relevés de la filière —, la matière première perdue représenterait à elle seule plus d’1,2 million d’euros, sans compter les pertes liées à l’arrêt de production, au nettoyage du site et à une éventuelle remise en état des stocks extérieurs.
Vers 20 heures, le feu est officiellement annoncé maîtrisé, mais une fine fumée continue de voiler une partie du ciel de Biganos. Dans l’usine, quelques foyers résiduels persistent, et les pompiers, mobilisés depuis plusieurs heures sous une chaleur écrasante, restent sur le pied de guerre. Plusieurs d’entre eux souffrent de malaises liés à la canicule, mais le dispositif tient bon, jusqu’à l’extinction complète des derniers points chauds et la certitude qu’aucune reprise de feu n’est possible.
Aucune victime n’est à déplorer parmi les salariés ou les soldats du feu. Pour ce pilier industriel du bassin, héritier de l’ancienne Cellulose du Pin, l’enquête doit désormais établir, balle par balle, ce qui a mis le feu aux poudres.
