Fermé depuis 2020, le Musée-Aquarium d’Arcachon, plus vieux du genre en France, échappe à la démolition après dix ans de bataille juridique.

Un cabinet de curiosités né en 1867, visité par un prince
Sur le front de mer arcachonnais, près de la jetée d’Eyrac, la façade néo-classique du Musée-Aquarium n’a pas changé depuis le Second Empire. Construit en bois en 1867 sous Napoléon III à l’initiative de la Société Scientifique d’Arcachon, l’édifice servait dès l’origine de laboratoire pour naturalistes et de vitrine pédagogique pour le grand public.
Rattachée en 1891 à l’université de Bordeaux, la Station Marine voisine en faisait un véritable pôle océanographique. Au rez-de-chaussée, une vingtaine de bassins disposés en arc de cercle sur environ 400 m² accueillaient bars, dorades, balistes, murènes, raies, poulpes et étoiles de mer, dans une salle en forme de grotte typique des aménagements du XIXe siècle. Une configuration que seul l’ancien aquarium du Trocadéro, aujourd’hui disparu, partageait avec lui. La grande star reste l’hippocampe moucheté : le Bassin d’Arcachon abrite la plus importante population européenne de ce minuscule poisson sans écailles de 2 à 4 cm.

À l’étage, un musée d’histoire naturelle digne d’un roman de Jules Verne expose squelette de dauphin, mâchoire de baleine, requin et poulpe naturalisés, coquillages du monde entier, silex et poteries issus des fouilles du docteur Peyneau, ainsi que des maquettes de navires traditionnels. Le lieu a même reçu la visite du prince Albert Ier de Monaco en 1902. Ce qui distingue surtout Arcachon des aquariums modernes, c’est qu’il a conservé sa configuration d’origine intacte depuis 155 ans, sans jamais être modernisé ni agrandi – contrairement aux grands établissements actuels qui comptent parfois plusieurs dizaines de bassins climatisés et plusieurs centaines de milliers de litres d’eau.
2020 : fermé pour péril, menacé de démolition
La vétusté a eu raison de l’exploitation : charpente et planchers dégradés ont conduit l’université de Bordeaux, propriétaire des lieux depuis 2019, à fermer définitivement le site fin octobre 2020 « pour mise en péril du public ». Début mars 2021, tous les poissons ont été confiés à l’aquarium de La Rochelle. Pire, un permis de démolir délivré en 2018 menaçait de raser l’essentiel du bâtiment pour un hôtel de luxe du promoteur Duval, la Station Marine devant être relocalisée à l’arrière de la parcelle.
C’est la mobilisation d’un collectif de sauvegarde et des riverains, appuyée sur le label « Ville impériale » d’Arcachon, qui a fait plier la justice : le tribunal administratif de Bordeaux a annulé le permis en mars 2023, confirmé en appel le 12 février 2026. Les juges ont tranché : l’ancienne Station Marine de 1867 est un « élément remarquable du bâti », protégé par le plan local d’urbanisme, qu’on ne peut détruire sans le reconstruire à l’identique.

2027, l’horizon d’une renaissance ?
Le projet hôtelier est désormais caduc et les bâtiments historiques préservés. En contrepartie de cette victoire judiciaire, l’université de Bordeaux s’est engagée à consolider et restaurer l’édifice avec la reprise de la structure et la couverture de la cour intérieure pour permettre sa réouverture. Néanmoins, aucunes dates ni aucuns projets véritables n’est encore donné à cette reconstruction. La Société Scientifique d’Arcachon, dont la trésorerie a fondu pendant la crise sanitaire, lance un appel aux mécènes et envisage un fonds de dotation pour garder ses salariés et protéger les collections pendant les travaux.
Selon Sud Ouest, qui a suivi le dossier judiciaire jusqu’à son épilogue, l’idée d’un futur pôle scientifique et culturel consacré au Bassin d’Arcachon est à l’étude, où le musée-aquarium rénové retrouverait sa vocation muséographique. Aucune date officielle de réouverture n’est arrêtée, mais l’établissement, sauvé de la démolition, tient enfin son ticket pour l’avenir.
