3000 hectares de pins partis en fumée à Biscarrosse. Maisons brûlées, faune fuyant les flammes, habitants sous le choc. Le point.
À Biscarrosse, la forêt landaise brûle depuis jeudi après-midi. Un fourgon en feu sur la route départementale 652, entre Biscarrosse et Sanguinet, a suffi à embraser tout un massif. En une nuit, le sinistre est passé de 50 hectares à plus de 3000, soit 60 fois plus en une journée. La préfecture des Landes le confirme ce vendredi matin : le feu n’est toujours pas fixé.

Une forêt qui part en fumée
Le secteur touché fait partie du plus grand massif de pins maritimes d’Europe. Une végétation sèche, gorgée de résine, particulièrement inflammable l’été. Les pompiers parlent d’un état de sécheresse pire qu’en 2022, année pourtant marquée par des feux historiques en Gironde. Résultat : des sautées de flammes qui créent sans cesse de nouveaux foyers, rendant la progression du feu presque impossible à anticiper.
Les animaux sauvages, chevreuils, sangliers et oiseaux, fuient devant les flammes. Aucun bilan officiel n’existe encore sur la faune, mais les associations de protection de la nature s’attendent à un impact lourd sur les habitats forestiers. La régénération de la forêt, elle, prendra des décennies.
Côté bâti, le bilan s’alourdit. Environ une centaine de bâtiments ont déjà été touchés par les flammes, entre habitations, commerces et zone d’activité au sud de la commune, notamment dans le quartier de Gouberne. Une concession automobile aurait brûlé, selon plusieurs témoignages recueillis sur place. Un décompte précis reste difficile en raison des fumées trop denses pour accéder à certains secteurs.
Jusqu’où peut aller le feu ?
Le front de flammes progresse sur trois axes : sud, centre et nord de Biscarrosse. Le préfet des Landes, Gilles Clavreul, évoque un feu qui cerne désormais la quasi-totalité du bourg. Si la tendance nocturne se poursuit, avec des vents tournants et instables, le sinistre pourrait continuer sa course vers le nord, en direction de Sanguinet et du lac, distant d’à peine une dizaine de kilomètres. Vers le sud, Parentis-en-Born, déjà en partie évacuée, reste en première ligne.

Une inconnue plane aussi sur la jonction éventuelle avec l’incendie de Gironde, qui ravage de son côté 8 700 hectares plus au nord, entre Saumos et le bassin d’Arcachon. Les deux foyers restent pour l’instant distincts, séparés par une trentaine de kilomètres de forêt, mais la chaleur annoncée ce vendredi, jusqu’à 40°C dans certains secteurs, inquiète les autorités.
« C’est l’apocalypse », racontent les habitants
Sur le terrain, la nuit a été chaotique. Tom, un jeune habitant de Biscarosse Plage décrit une ville perturbée et dans le chaos : « Il y a tout le monde qui a été évacué. Les gens sont à la plage, il y a des gens dans les rues avec des couvertures. » Les restaurants et le Dream Beach ont ouvert leurs portes pour accueillir tout le monde. Les commerces, eux, sont pris d’assaut.
« C’est un enfer, c’est l’apocalypse », résume-t-il, avant de nuancer : les gens restent en sécurité, mais l’ampleur du mouvement de population est impressionnante. Le vent souffle en direction de Biscarrosse Plage, et la fumée retombe en continu sur la commune, avec des cendres qui tombent partout. Les communications, elles, sont saturées, sans doute submergées par l’afflux de téléphones allumés dans la zone.

Le jeune homme raconte avoir aidé ses grands-parents, avant de partir faire quelques courses pour des proches qui n’ont pas eu le temps d’emporter leurs affaires. « Maintenant, on ira aider les gens », conclut-il. Une chaîne de solidarité s’est mise en place spontanément entre voisins et familles, dans une commune où tout le monde essaie, à sa manière, de se mobiliser.
Les opérations se réorganisent
Ce vendredi, la stratégie évolue. Les secours concentrent désormais leurs efforts sur la protection des habitations, à l’interface entre le feu et les zones bâties. Des brûlages tactiques sont menés sur le secteur Est pour priver les flammes de combustible. Des bulldozers interviennent sur les faces Est et Sud afin de creuser des lignes de défense. Les moyens aériens restent engagés sur le sinistre.
500 personnels sont mobilisés sur le terrain, avec des renforts encore en cours d’acheminement. La préfecture des Landes lance un appel à la solidarité auprès des agriculteurs, invités à mettre à disposition des tonnes à eau pour appuyer la lutte contre les flammes.
Les autorités insistent : il ne faut surtout pas se déplacer vers le secteur, pour ne pas gêner les secours. Les personnes évacuées présentes sur la plage sont invitées à y rester, ou à rejoindre Mimizan ou le bassin d’Arcachon.

La communauté d’agglomération du bassin d’Arcachon met deux bus à disposition, au départ du rond-point de la Forestière, en direction de la gare d’Arcachon. Rendez-vous est donné à partir de 12h15, pour un départ au plus tard à 13h et surement plus tard dans la journée pour évacuer tout le monde.
Attention à vos déplacements. Les activités et sorties en extérieur ne sont pas conseillés au vue la répartition de cendres et fumée toxique sur le Bassin et dans ses alentours.
