Le Bassin d’Arcachon a accueilli 2,5 millions de visiteurs en 2024. Un chiffre fort, qui cache pourtant des réalités contrastées : un territoire qui séduit toujours plus, mais qui cherche à préserver ce qui fait son âme. Cette sur-fréquentation met en tension logements, plages et infrastructures, tout en poussant les élus à repenser la saison 2026.
Des chiffres qui donnent le vertige
Le Bassin se retrouve chaque saison en situation sur touristique, les chiffres sont de plus en plus grands, sans pour autant que le territoire grandisse réellement.
En 2024, 10,8 millions de nuitées au total ont été enregistrées pour 1,8 million de séjours soit 40 % de l’offre d’hébergement de toute la Gironde concentrés sur 12 communes qui réunissent initialement 140 000 habitants.
Les communes voient leur population multipliée par dix, Arcachon passe ainsi de 12 000 habitants l’hiver à 70 000 l’été, avec environ 100 000 personnes présentes chaque jour en pleine saison. Les parkings autour de la Dune du Pilat et à Arcachon, affichent complet dès le milieu de matinée, et les routes de la presqu’île du Cap Ferret se transforment régulièrement en bouchons de plusieurs kilomètres.
La Dune du Pilat concentre à elle seule une pression considérable : 1,9 million de visiteurs cet été, selon le SIBA, un chiffre en hausse constante. Sur l’eau, la saturation est tout aussi visible : jusqu’à 12 247 bateaux ont été recensés simultanément sur le Bassin le 14 juillet, pour une moyenne de 4000 bateaux le reste de l’année.

La fréquentation du Bassin et ses plages a augmenté de 30 à 40% depuis 2020 alors que la population a augmenté de seulement 5%.
Un territoire qui paie le prix fort
La pression se ressent d’abord sur le logement. Entre 2019 et 2023, le prix au mètre carré à Arcachon a progressé de 27 %, soit plus du double de la hausse enregistrée à Bordeaux sur la même période.
Les visiteurs sont de plus en plus présents : 3,4 millions de visiteurs ont été estimés sur l’intégralité du Bassin en 2024. Les plages d’Arcachon ont attiré à elles seules 5,2 millions de passages, favorisant la dégradation ainsi que la pollution.
Les records de fréquentations illustrent l’intensité des flux estivaux et la pression que cela représente sur un écosystème marin fragile. Le trait de côte recule en moyenne de 1,2 mètre par an depuis 2010, avec des pics à 3 mètres au sud de la du Pyla. La Dune perd en moyenne 60 cm de sable chaque année sous l’effet conjugué de l’érosion et de la sur-fréquentation.
La multiplication des véhicules, les flux de visiteurs et les carburants rejetés en mer accélèrent la dégradation de l’air, de l’eau et du littoral. La sur-fréquentation des zones naturelles amplifie l’érosion des plages et des dunes, comme l’ont brutalement rappelé les tempêtes Nils et Pedro en début d’année 2025.

En ce 1er mars, et le début des beaux jours, la Dune du Pilat accueille déjà des centaines de personnes pour le coucher de Soleil. Un avant saison qui annonce la couleur.
Mais un moteur économique irremplaçable
Ce même tourisme reste le poumon économique du territoire.
Il génère 760 millions d’euros de retombées économiques pour 7 000 emplois directs.
Les seules plateformes de location courte durée ont généré 200 millions d’euros de revenus sur le Bassin en 2022, soit 40 % des revenus locatifs de toute la Gironde.
Les recettes fiscales (taxes de séjour, parkings, etc) permettent aussi de financer des projets structurants pour les résidents à l’année.
Face à la spéculation, la mairie d’Arcachon a voté en février 2024 une majoration de 20 % de la taxe d’habitation sur les résidences secondaires, avec pour objectif de financer 50 logements intermédiaires destinés aux saisonniers.
Le tourisme reste une branche principale de revenu du Bassin d’Arcachon et ramène une crédibilité à la région. Dès le mois d’avril, les visiteurs n’hésitent pas à choisir le Bassin et ses événements. Comme le Salon Nautique qui a réuni 60 000 visiteurs en 2025.
L’enjeu pour le Bassin n’est plus seulement économique : c’est celui de sa survie territoriale. Pour préserver le tout, il est nécessaire d’avoir une gestion active de la fréquentation et un entretien à la hauteur des flux.
À deux mois d’une nouvelle saison et avec de nouveaux élus, les habitants attendent des réponses concrètes : sur la logistique, la régulation des sites naturels, et ce sentiment d’étouffement qui commence dès le mois de mai.
