De Biscarrosse au Cap-Ferret, l’océan grignote tout. Dunes explosées, blockhaus qui glissent, plages fermées. Le Bassin paye aussi son tribut avec le Pyla et le Petit Nice. Pourquoi maintenant ? Les tempêtes, marées et le sable qui s’envole.
Retrouvez notre article en forme audio ci-dessous (par Amanda Lemaitre- -Morais) :
Biscarrosse : falaises au bord des habitations
À Biscarrosse-Plage, des falaises de 6 mètres se dressent au pied des immeubles. 100 encoches dunaires creusées en un hiver. La côte recule de 1,7 mètre par an. D’ici 2050, un recul de 50 mètres est prévu, des plages commencent à fermer : la mairie parle d’un “signal d’alarme”. La ville recharge 50 000 m³ de sable chaque hiver. Mais les tempêtes comme Karlotta (2024) arrachent tout : sable parti au large, trait de côte fracturé.
Cap-Ferret : blockhaus dans les vagues
Le 1er février, la Plage de l’Horizon a vu un bunker de la WWII de plusieurs tonnes basculer. D’autres blockhaus ont vécu le même sort, caché 15 mètres sous l’eau. D’autres part, le poste de secours et le terminus du petit train ont déjà reculé de 20 mètres. Le maire Philippe de Gonneville est clair : « On rend les équipements amovibles, on ne bétonne plus le rivage. »

Un des blockhaus qui ont été engloutie par la mer, et la montée de cette dernière
Pourquoi ça s’accélère ?
L’érosion s’accélère sur le Bassin d’Arcachon sous l’effet du changement climatique. Trois facteurs se combinent : tempêtes plus fréquentes et violentes, houle océanique atteignant 8 mètres, et surcotes de +2 mètres à marée haute. Le sable est aspiré vers le large, ce qui crée des changements de 5 ans, en seulement un hiver. La montée du niveau de la mer et le réchauffement de l’Atlantique rendent les tempêtes plus fréquentes et plus violentes. Le littoral du Bassin est naturellement fragile, composé de sable et de dunes mobiles. Les tempêtes retirent plus de sable qu’il n’en arrive. L’urbanisation et les aménagements humains aggravent ce déséquilibre, créant aujourd’hui un véritable chaos naturel.
Le Pyla et le Petit Nice agissent
Face à l’urgence, le Bassin tente de gagner du temps. À la Corniche et au Pyla, le SIBA et La Teste lancent leur contre-offensive. Après la reprise du musoir en 2025 (1 470 m³ d’enrochements), un rechargement massif démarre en 2026. 33 000 m³ de sable sur l’encoche dunaire. Ces travaux se répèteront tous les deux ans jusqu’en 2035. Objectif : « maintenir les acquis » face aux houles qui cognent l’entrée du Bassin. Prix à payer : accès interdit du 10 janvier au 28 février, entre l’avenue des Vendangeurs et la Corniche. Escaliers fragilisés, belvédères instables… Le message est net. Ces plages ne sont plus stables. La sécurité impose des fermetures totales en pleine saison de tempêtes.

Les travaux importants commencent à Biscarosse, et continue au Pyla. Les grands moyens sont déployés. Crédit : HansLucas
Les pros dans l’impasse
La plage du Petit Nice, au sud de la Dune du Pilat, concentre tous les risques : submersion, recul dunaire, chutes d’arbres. Après chaque tempête, la topographie change. Marches déchaussées, sentiers rompus, dune entaillée. La mairie ferme régulièrement l’accès pour plusieurs jours. Les travaux de réensablement ne sont pas un retour à la normale. Juste un moyen de retarder l’échéance. Reconstituer une pente douce, redonner un tampon avant la prochaine série de tempêtes. À moyen terme, il faudra déplacer certaines installations. Comme Biscarrosse y est déjà contraint.
Et après ?
De Biscarrosse au Cap-Ferret, même histoire : un trait de côte qui recule de plusieurs mètres par saison. Biscarosse Plage est sous la menace d’effondrement , et le Cap-Ferret, sur le long terme, pourrait perdre sa presque île. À court terme, on recharge, on sécurise, on ferme. À long terme, la vraie question : que déplacer, que protéger, qui paie ?
