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Encore relégué cette semaine, le Rugby Club Bassin d’Arcachon traverse l’une des périodes les plus sombres de son histoire. rétrogradé en Fédérale 3 la saison prochaine, le club est passé des sommets amateurs à une spirale financière préoccupante. Comment le club phare du Bassin en est-il arrivé là ?

Depuis son titre Honneur 2007, le club n’a plus brillé en phases finales. Crédit photo : RCBA
De l’ascension à la fragilité
Né en 2008 de la fusion des clubs d’Arcachon et de La Teste, le RCBA s’est progressivement imposé comme l’étendard du rugby sur le Bassin. La montée en Fédérale 1 en 2018 lance la dynamique. En 2022, l’accession en Nationale 2 semble confirmer que le club a basculé dans une autre dimension.
En un peu plus d’une décennie, le RCBA a accumulé la montée, du championnat de France de Fédérale 3 en 2012 au sacre des moins de 19 ans en 2014, avant d’atteindre la Fédérale 1 en 2018 puis le graal de la Nationale 2 en 2022.
Mais grimper a un coût. Le budget gonfle, la masse salariale s’alourdit et les déplacements aux quatre coins de l’Hexagone pèsent lourd. Le RCBA entre dans une logique semi-professionnelle sans disposer du tissu économique qui va avec. Les recettes issues de la billetterie, des partenariats et des subventions ne suivent pas au même rythme. Une situation similaire à l’US Salles, des budgets bas pour le haut niveau.
Les premiers craquements
Les signaux d’alerte apparaissent rapidement après la montée. Le contexte post-Covid fragilise les partenaires locaux, la trésorerie se tend et le club maintient ses ambitions sportives au prix d’un équilibre de plus en plus précaire.

La ville et la COBAS ont construit, en prolongement de la tribune, une nouvelle salle de réception pour le club et les associations de la ville. Crédit photo : RCBA
En 2024, les comptes virent au rouge. Des salaires tardent à être versés et la Direction Nationale d’Aide et de Contrôle de Gestion finit par sévir avec un retrait de points, puis une relégation administrative en Fédérale 1. Le recours déposé par le club ne changera rien.
L’été 2025 porte le coup de grâce avec une cessation de paiements et un redressement judiciaire pour geler une dette avoisinant les 600 000 euros. La dette se répartit entre des salaires impayés à hauteur de 11 000 euros, 240 000 euros de charges sociales et quelque 250 000 euros réclamés par les fournisseurs et les banques. Malgré une équipe compétitive sur le terrain, la sanction financière l’emporte sur tout le reste, et une nouvelle relégation vient enfoncer un peu plus un club déjà à genoux.
Après ces événements, cette semaine, le club a appris qu’il allait être rétrogradé en Fédérale 3 dès le saison prochaine. Malgré des retraits importants de points, le club n’en finit plus avec les sanctions.
Survivre, d’abord
La crise a laissé des traces bien au-delà des comptes. Des joueurs cadres sont partis, le recrutement s’est asséché et les sponsors regardent désormais ailleurs. Le RCBA est passé d’un projet ambitieux à une logique de survie que personne n’avait anticipée. Pourtant, à un niveau moindre, les résultats suivent. Le club est 3ème au championnat avec 57 points, à 5 unités du leader Floirac.
Les dirigeants misent aujourd’hui sur un assainissement progressif, un recentrage sur la formation et un ancrage plus local. Les espoirs sont au niveau national et représentent un futur stable pour le club. Le discours a changé et les rêves de nationale ont cédé la place à un pragmatisme territorial assumé.
La question reste pourtant entière. Le Bassin peut-il durablement porter un club à ce niveau du rugby amateur ? Le RCBA dispute en tout cas le match le plus important de son histoire, et cette fois, il ne se joue pas sur un terrain.
