Des rhizostomes géants envahissent les plages du Bassin depuis deux semaines. Vent, courants et eau chaude expliquent ce phénomène spectaculaire.

Depuis une quinzaine de jours, les plages du Bassin d’Arcachon accueillent un invité de taille : le rhizostome, une méduse géante dont l’ombrelle peut dépasser cinquante centimètres, voire approcher le mètre de diamètre chez les plus impressionnantes. Sur les plages Pereire, du Moulleau, au Pyla ou au Cap Ferret, les baigneurs en croisent désormais par dizaines, dans l’eau comme échouées sur le sable après chaque marée.
Des méduses dans le Bassin, un phénomène pas nouveau
Les méduses n’ont rien d’une nouveauté sur le Bassin : on en observe chaque été, en quantité variable selon les années. Mais plusieurs facteurs se sont cumulés cette saison pour rendre le phénomène plus visible et plus intense que les précédentes. Une eau plus chaude que la moyenne saisonnière favorise leur développement et augmente leurs chances de survie sur plusieurs générations successives. À cela s’ajoutent des vents dominants et des courants particulièrement favorables, qui ont concentré d’importants bancs au large avant de les pousser massivement vers le littoral. Résultat : quelques jours de vent bien orienté ont suffi à en faire apparaître des centaines sur les plages, là où les années précédentes le phénomène restait plus discret ou plus ponctuel.
Le rhizostome reste toutefois une espèce faiblement urticante. Ses tentacules et ses bras buccaux sont recouverts de cellules microscopiques, les cnidocytes, qui libèrent un minuscule venin au contact. Chez cette espèce, l’effet est limité : picotements, brûlure légère ou rougeur passagère. Attention cependant, même morte sur le sable, une méduse peut continuer à piquer plusieurs heures, voire plusieurs jours — mieux vaut donc ne jamais la toucher à mains nues.

Un phénomène saisonnier, pas une anomalie
Cette accumulation, observée depuis plusieurs semaines sur l’ensemble du Bassin, reste un phénomène naturel et récurrent. Chaque été, des épisodes similaires se produisent, avec une intensité qui varie selon les années et les conditions météo. Une eau de mer autour de 21 à 22 °C, favorable à leur développement, un hiver doux ayant favorisé leur reproduction explique pourquoi elles sont plus présentes que d’habitude. Une fois entrées dans le Bassin d’Arcachon, elles peuvent y rester piégées plusieurs jours avant d’être rejetées sur les plages à marée descendante.
Le réchauffement des océans peut favoriser certaines espèces, mais il n’explique pas tout. La disponibilité de nourriture (le plancton), la salinité de l’eau et même la diminution de certains prédateurs naturels, comme les tortues marines ou certains grands poissons, influencent également leur nombre. C’est pourquoi on en observe simultanément dans l’eau, flottant à la surface, puis mortes sur le sable quelques heures plus tard.
En cas de piqûre, il est conseillé de prévenir le poste de secours de la plage : les secouristes pourront retirer les filaments restants et soulager la douleur, notamment à l’eau chaude. Il faut éviter de frotter la peau ou de manipuler les tentacules sans protection.
Pour anticiper sa baignade, l’application Meduseo recense en temps réel les signalements de méduses sur les plages aquitaines. De quoi profiter du Bassin en toute vigilance, en laissant ces géantes translucides tranquilles dans leur élément.
