Après les incendies de juillet 2026 en Gironde et dans les Landes, professionnels et élus s’interrogent : la fréquentation a-t-elle vraiment repris, ou la saison est-elle déjà perdue ?

L’été avait pourtant bien démarré. Selon l’économiste Emmanuel Lechypre, les réservations affichaient une hausse de 5 % début juillet sur le littoral girondin. Puis le feu est parti de Saumos, le 22 juillet. En dix jours, il a dévoré environ 42 000 hectares de forêt, davantage que l’ensemble des incendies de Gironde en 2022. Un second sinistre, entre Biscarrosse et Parentis-en-Born, a lui parcouru près de
3 600 hectares. Deux sinistres, un seul été noirci. Reste, désormais, une question : les vacanciers sont-ils repartis pour de bon, ou la baisse de fréquentation continue-t-elle de s’installer ?
Pendant les feux : une saison à l’arrêt
Le choc est immédiat. Dès le 23 juillet, huit campings du nord du Bassin sont évacués préventivement. Le lendemain, plus de 23 000 personnes fuient Biscarrosse et Parentis-en-Born ; le compteur grimpe jusqu’à 31 000 évacués au plus fort de la crise et jusqu’à 45 000 personnes en comptant l’ensemble des campings concernés. À Biscarrosse Bourg, le feu atteint directement les habitations : plus d’une centaine de bâtiments (maisons et commerces) sont détruits selon les premiers bilans, représentant déjà un coût économique énorme pour le commerce local.
Un camping, « Aux Couleurs du Ferret » à Lège-Cap-Ferret, est rayé de la carte.
Sur le terrain, les professionnels ne mâchent pas leurs mots. Franck Chaumes, président de l‘UMIH Gironde, évoque une chute de 40 % de la clientèle et du chiffre d’affaires dans les zones les plus touchées. Le Thalazur d’Arcachon comptabilise 850 annulations en juillet-août. Au camping municipal du Braou, à Audenge, le taux d’occupation début août plafonne à 30 %, contre 100 % habituellement.
À Arcachon, une commerçante du front de mer parle de 60 à 70 % de clients en moins certains jours, la fréquentation hebdomadaire y étant estimée à 4 000 visiteurs fin juillet contre 10 000 en 2022 — un secteur qui pesait alors 800 millions d’euros et 15 000 emplois. Certains supermarchés de Gujan-Mestras perdent 70 % de leur chiffre d’affaires entre fin juillet et début août. Une période pourtant garnie par le flux touristique du fameux chassé-croisé des juilletistes et des aoûtiens.

Du côté des Landes, Biscarrosse-Plage a fait l’objet d’un sujet de BFM TV concernant le désert touristique et l’appel à l’aide des commerçants et restaurateurs qui voient les rues de la station balnéaire vides. Entre 35 % et 40 % de perte économique sont ainsi enregistrés sur la saison estivale pour Biscarrosse et ses alentours. Cette évaluation sectorielle est notamment portée par Frédéric Petiteville, hôtelier de Biscarrosse-Plage et élu expert auprès de la CCI des Landes. Concernant le périmètre de la côte et de l’océan, ce professionnel explique que ses propres taux de remplissage sont tombés à 25 % au lieu des 100 % habituels pour un mois d’août, en raison d’une vague massive d’annulations sur les plateformes comme Airbnb.
Les écoles de surf comptaient, de leur côté, 70 % ou plus d’annulations sur les trois-quatre jours de feux. Les créneaux remontent petit à petit, mais difficilement avant le 5 août. Plus globalement, les visiteurs du Bassin et des Landes ont marqué un temps de pause dans leurs visites, attendant un climat et une situation stables et sans risque.
Est-ce que la semaine précédant le fameux 15 août va servir de tremplin ? Ou est-elle un simple espoir qui vient après un désespoir économique et touristique ?
Ça repart, mais lentement
Le mois d’août apporte toutefois quelques signaux plus encourageants. Dès le 3 août, un retour progressif des vacanciers est observé sur plusieurs communes du Bassin, une fois l’incendie principal fixé. Au camping du Braou, des familles qui avaient déjà payé leur séjour reviennent poser leurs valises malgré les cendres. C’est le début d’une reprise, mais elle reste fragile et partielle : début août, le taux d’occupation du même camping n’atteignait toujours qu’environ 30 % de son niveau habituel, loin des 100 % d’une saison normale. Face à ce constat, une campagne de « tourisme solidaire » a été lancée par l’UMIH et les collectivités pour inciter les visiteurs à revenir soutenir les commerces locaux.
Mais l’effet réputation, lui, continue de peser bien après l’extinction des flammes. Jusqu’à Saint-Émilion, à 80 kilomètres du brasier, les annulations s’accumulent jusqu’en septembre. Pour Franck Chaumes, président de l’UMIH Gironde, chaque jour sans touriste creuse un peu plus l’écart avec les prévisions initiales. Rapporté aux 3,2 milliards d’euros que pèse le tourisme en Gironde chaque année, un tel recul sur plusieurs semaines représenterait déjà plusieurs dizaines de millions d’euros de chiffre d’affaires non réalisé pour les hébergeurs et restaurateurs. Rien ne dit, à ce stade, que le mois d’août suffira à combler le trou de juillet.

2022, le miroir qui rassure… à moitié
Impossible d’évoquer 2026 sans revenir quatre ans en arrière. En juillet 2022, l’incendie de La Teste-de-Buch avait brûlé environ 7 000 hectares, un périmètre bien plus modeste qu’aujourd’hui. Mais le feu avait frappé en plein cœur du produit touristique local : cinq campings détruits au pied de la dune du Pilat, trois sites de plage ravagés qui accueillaient à eux seuls 800 000 visiteurs par an. Résultat, une chute de fréquentation de 40 % sur tout le Bassin selon le SIBA, pour un secteur touristique alors estimé à 800 millions d’euros et 15 000 emplois par le maire d’Arcachon.
Sur le papier, 2026 semble donc « moins pire » : un seul camping détruit contre cinq, un tissu touristique globalement épargné plutôt qu’anéanti. Mais l’onde de choc touche cette fois simultanément le Bassin, le Médoc et les Landes, avec jusqu’à 34 établissements d’hôtellerie de plein air impactés selon la profession. Bonne nouvelle tout de même : après 2022, la destination avait fini par rebondir. En 2025, le Bassin avait retrouvé une fréquentation supérieure de 4 à 5 % à celle de 2024, preuve que l’incendie n’avait pas durablement abîmé son attractivité.
Reste une inconnue de taille, soulignée par l’économiste Emmanuel Lechypre sur BFM : celle de la confiance. Car au-delà des chiffres, c’est la relation entre le territoire et ses visiteurs qui se joue. Avec quatre incendies marquants en quatre ans, le Bassin et les Landes risquent-ils de se forger une réputation de zone à risque, un effet miroir qui dissuaderait les vacanciers avant même qu’ils n’aient réservé ? Rien n’est encore acté. Le vrai bilan ne pourra se lire que sur les prochaines saisons, en espérant surtout que la série noire des sinistres s’arrête là.
Le vrai bilan attendra septembre
Reste que le compte définitif ne pourra être fait qu’à l’automne, une fois les nuitées et les recettes de taxe de séjour consolidées. Le tourisme pèse 3,2 milliards d’euros et plus de 40 000 emplois en Gironde, soit 7 % du PIB départemental : une baisse de fréquentation prolongée aurait donc des conséquences bien au-delà de l’été. À cela s’ajoute un choc moins visible mais réel, celui de la filière bois, submergée par des millions de tonnes de troncs brûlés qui devraient faire chuter les cours, selon Le Monde.
Alors, saison sauvée ou saison sacrifiée ? La vérité se situe sans doute entre les deux. Comme le résume la solidarité du Bassin évoquée notamment par Jérémy Frérot, les habitants ont tout perdu, il faudra revenir pour faire vivre la région. La reprise semble amorcée, mais personne, sur le Bassin, n’ose encore parler de saison sauvée.
